Pour sortir du dilemme, il faut revenir au concret de l'organisation sociale d'un pays, la France en l'occurrence, qui est une république "laïque, démocratique et sociale" (termes de la constitution) et dans laquelle la liberté est encadrée par des lois qui permettent de vivre ensemble en société. Les restrictions de liberté imposées par la loi ne sont donc pas liberticides par principe, elles doivent seulement se limiter au minimum nécessaire pour garantir une vie sociale paisible, sûre et si possible fraternelle (fraternité, troisième terme de notre devise républicaine).

Pour ce qui est de la question du port du voile intégral (niqab, burqa, etc.) couvrant complètement le visage des femmes à l'exception des yeux, les principes républicains à invoquer, chacun dans leur domaine, sont, me semble-t-il : la laïcité, l'égalité et l'ordre public.

Détaillons un peu.

  • La laïcité est un principe de neutralité qui proscrit dans la sphère publique les signes religieux ou communautaires pouvant être interprétés comme un prosélytisme contraire à cette neutralité. La sphère publique se compose des institutions qui représentent les citoyens ou l'état (mairies, préfectures, assemblées d'élus) et des services que l'état ou les collectivités mettent à la disposition des citoyens (écoles publiques, hôpitaux publics, crèches municipales, etc.). En contre partie, la laïcité garantit la liberté de conscience dans le domaine privé, et c'est même cette neutralité dans la sphère publique qui renforce la liberté de conscience en garantissant qu'aucune pression morale n'est exercée sur les individus dans le domaine public
  • L'égalité des citoyens inclut la non discrimination envers les femmes auxquelles on ne saurait imposer un comportement particulier qu'il soit vestimentaire ou autre
  • L'ordre public, enfin, doit assurer la sécurité des citoyens sur tout le domaine public et pour cela prévenir les comportements générateurs de troubles ou agressifs,
Que dire pour le port du voile intégral en fonction de ces principes ?

  • Qu'au nom de la liberté de conscience (inclue dans la laïcité) on ne doit tolérer aucune pression obligeant des femmes à porter ce vêtement
  • Qu'au nom de la laïcité il parait logique d'interdire dans les institutions publiques et les services publics un vêtement qui est une marque ostentatoire d'une conception religieuse radicale peu compatible avec les principes républicains
  • Que, par contre, dans le domaine public (la rue) ou privé ouvert au public (les commerces) il parait difficile au nom de la liberté vestimentaire d'interdire systématiquement le voile intégral.
  • Que, en revanche, au nom de l'ordre public, tout dépositaire de l'autorité doit pouvoir demander à la personne porteuse du voile de découvrir son visage lorsque les circonstances exigent qu'elle soit reconnue (par exemple pour comparer avec la photo figurant sur une pièce d'identité).
Il semble que les préconisations de la commission parlementaire qui vient de rendre son rapport soit assez proches de ces remarques. Espérons que la suite des débats ne sera pas trop polluée par les manœuvres politiciennes qui se font déjà jour, là ou seuls les principes républicains devraient guider le débat.

Il faut cependant signaler que cette commission a ajouté en dernière minute une préconisation qui est d'autoriser les financements publiques pour la construction d'édifices religieux. Cette recommandation a-t-elle été prise pour donner des gages à la communauté musulmane qui n'en a pas besoin, puisqu'elle ne soutient pas, dans sa grande majorité, le port du voile intégral ? En tout état de cause, cette proposition est en contradiction avec la loi de 1905 et constituerait, si elle était suivie, une entorse majeure à la laïcité. C'est donc sur ce point que doit se porter le combat pour la défense de la laïcité.